Base de données d'acteurs ruraux du développement durable en Europe


Les enjeux du développement durable


II. Les enjeux du développement durable

Depuis la parution en 1987 du Rapport Brundtland (cf. annexe), l’expression « développement durable » s’est imposée et popularisée, au point de la retrouver aujourd’hui dans toutes les bouches. Cependant, cette utilisation parfois excessive du terme par les médias, les hommes politiques, ou encore les associations, a tendance à le banaliser et à en faire oublier les enjeux premiers. Il ne faut pas oublier que le concept de développement durable est né d’un constat démographique simple mais inquiétant : la population terrestre a connu une croissance exponentielle dans la deuxième moitié du XXème siècle. En effet, en 1965, 3,34 milliards d’humains vivent sur la Terre 9. Nous sommes aujourd’hui plus de 6,6 milliards 10, soit une augmentation d’environ 100% en 40 ans. Les prospectives démographiques considèrent par ailleurs comme très probable que nous soyons plus de 10 milliards avant le milieu du siècle. Quatre milliards d’humains supplémentaires, à nourrir, à chauffer, à loger … alors même que nos ressources naturelles s’appauvrissent de jour en jour.

Par ailleurs, si le niveau de vie d’une partie de l’humanité a certes évolué très rapidement lors des cinquante dernières années, la fracture Nord/Sud ne cesse de se creuser, condamnant jusqu’à présent une partie de la population terrestre à des conditions de vie extrêmes. D’autre part, en contrepartie de cette évolution trop rapide, les catastrophes naturelles ne cessent de se multiplier (cyclones, ouragans, tsunamis) tout comme les dégâts écologiques de plus en plus alarmants (pollution de l’air et de l’eau, disparition de nombreuses espèces animales et végétales, désertification, …).

A partir de ce constat global découlent de nombreuses questions, dont la première d’entre elles : quel monde allons-nous léguer à nos enfants ? A plus court terme, comment œuvrer pour un progrès économique et social sans mettre en péril l’équilibre naturel de la planète ? Comment réduire la fracture Nord/Sud ? Comment favoriser le développement des pays moins développés alors que la planète pâtit du prélèvement effréné de ses ressources naturelles ?

C’est à ces questions qu’est censé répondre le développement durable. Mais comment ? En effet, l’ampleur de la tâche semble considérable, infinie. Le développement durable insiste alors sur la nécessité de concilier trois thèmes qui se sont trop longtemps ignorés : l’efficacité économique, l’équité sociale, et l’écologie. C’est ce triptyque qui fait tout à la fois l’originalité, le potentiel, et la difficulté du développement durable. En effet, il serait aisé de ne considérer que deux des trois aspects du développement durable. Cela est d’ailleurs souvent le cas : les pouvoirs publics et les médias, notamment, privilégient souvent les facettes économique et environnementale du concept, en laissant de côté son aspect social. Il s’agit au contraire d’équilibrer ce qu’on appelle les trois piliers du développement durable – en anglais les trois P (profit, people, planet) :

  • le progrès économique : objectif de croissance et d’efficacité économique
  • la justice sociale : objectif d’équité sociale
  • la préservation de l’environnement.

La mise en œuvre de politiques de développement durable est donc extrêmement complexe. Comme on l’a déjà dit, la dimension sociale a tendance à être écartée pour se concentrer exclusivement sur le problème – déjà épineux – de la confrontation entre économie et écologie. Pourtant, la dimension sociale du développement durable n’est en aucun cas un simple « supplément d’âme » du concept. Elle lui est au contraire essentielle : en effet, inégalités sociales et problèmes écologiques sont souvent liés. D’une part, certaines inégalités écologiques sont le reflet d’inégalités sociales : c’est le cas par exemple des problèmes d’accès à la nature, ou des différences d’exposition des populations à la pollution. D’autre part, les inégalités sociales ont également une composante écologique, la plupart du temps aggravante. Le cercle vicieux pauvreté/environnement dégradé est ainsi de plus en plus visible, notamment dans les grandes métropoles des pays en voie de développement. Ainsi, si la plupart des Etats se sont engagés à élaborer une stratégie nationale de développement durable après la Conférence de Rio, on peut aujourd’hui douter de l’efficacité de tels plans. En effet, le développement durable impose des changements structurels en profondeur que les Etats – au premier rang desquels les pays développés – ne semblent pas prêts à mettre en place.

Les Etats ne sont toutefois pas les seuls acteurs responsables. Le développement durable vise à inclure l’ensemble de la société, en se fondant sur un objectif d’intégration et de mise en cohérence des politiques sectorielles. Le développement durable implique en fait un traitement conjoint des effets économiques, sociaux et environnementaux de toute action humaine. Dans cette optique, il est indispensable de mettre en place des démarches à la fois multi-partenariales et interdisciplinaires, impliquant la coopération d’acteurs de disciplines différentes (économie, sociologie, écologie, …), de secteurs différents (transports, eau, déchets, milieux naturels, développement social, …), de milieux différents (entreprises, associations, administrations, syndicats, …) et agissant à des échelons territoriaux différents (international, national, régional, et local). Le développement durable repose donc sur une nouvelle forme de gouvernance, où tous les acteurs doivent se mobiliser.

Le chantier du développement durable est donc énorme 11. Il s’agit de traiter le même problème à tous les niveaux, dans tous les secteurs, et par tous les acteurs. Dans cette perspective, on peut comprendre que les militants du développement durable soient parfois traités d’utopistes ou de doux rêveurs. En effet, malgré l’apparent engouement autour du concept, il serait naïf de penser que l’apparition de la doctrine développement durable a résolu tous les problèmes. Le développement durable se heurte aujourd’hui à de nombreuses difficultés, notamment au niveau de sa mise en place. Rio a montré au monde des Etats enthousiastes, signataires dans leur grande majorité d’une Déclaration révolutionnaire ; mais qu’en est-il aujourd’hui ? Les principes sont certes mis en avant comme preuve de bonne volonté, mais les politiques publiques et les financements nécessaires ne suivent que peu voire pas du tout. Au niveau des entreprises, même constatation. Sur la scène internationale, alors que l’un des objectifs principaux, à la fois l’un des plus ambitieux et l’un des plus urgents, consistait à réduire la fracture Nord/Sud, cette dernière augmente au contraire constamment 12. Il semble que les décideurs actuels ne puissent penser à long terme. C’est probablement l’écueil le plus important du développement durable, qui est soumis, par son insertion dans des politiques publiques, à un rythme électoral rapide et à des exigences de court terme qui ne lui conviennent pas. La nécessité de donner rapidement satisfaction à l’opinion publique entrave aujourd’hui la progression du développement durable, considérablement éclipsé par des considérations environnementales, sociales, et surtout économiques, mais envisagées séparément.

Quel avenir a donc aujourd’hui le développement durable ? Il semblerait qu’il faille chercher du côté d’acteurs moins institutionnels ou moins habituels. La société civile semble tout particulièrement mobilisée dans ce domaine, par le biais de nombreuses associations et ONG. D’autre part, lorsque l’on se tourne vers des acteurs plus classiques en termes décisionnels, à savoir les pouvoirs publics, des institutions en quête de davantage de pouvoirs se sont récemment saisies du problème : les collectivités locales notamment, qui mettent progressivement en œuvre des Agenda 21 locaux ; mais aussi l’Union européenne, qui semble s’attacher de plus en plus nettement au développement durable depuis la fin des années 1990. Le projet Fondation de France s’attachant à mettre en relation les acteurs du développement durable des territoires ruraux européens, il nous paraît intéressant de présenter rapidement maintenant la prise en compte du développement durable au niveau communautaire.

9 Données provenant du site de l’ONU http://esa.un.org/unpp/p2k0data.asp
10 Pour suivre en direct l’évolution de la population mondiale, http://www.populationmondiale.com/
11 Il suffit pour s’en rendre compte de lire la Table des Matières de l’Agenda 21. On peut par exemple la consulter sur la page Internet des Nations Unies consacrée à l’Agenda 21
http://www.un.org/french/ga/special/sids/agenda21/action0.htm
12 Et ce malgré l’émergence de nouveaux pays industrialisés, notamment la Chine, qui ont connu un développement éclair – mais à quel prix environnemental et social. Les préceptes du développement durable paraissent ici bien éloignés des réalités actuelles.



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